Lorsque Charaka entreprend de définir l’Ayurveda, il ne commence ni par les Doshas, ni par les plantes, ni par les maladies, ni par les traitements. Il commence par Āyus, la vie. Et ce choix change complètement la manière d’entrer dans cette médecine.
Avant de nous apprendre comment soigner, Charaka nous oblige à nous demander : quelle vie cherchons-nous exactement à préserver ? Car vivre longtemps ne suffit pas.
Une existence peut être longue et profondément incohérente. Agréable et pourtant délétère. Difficile et pourtant porteuse de sens.
C’est pourquoi Charaka examine Āyus selon quatre axes fondamentaux :
- Hita Āyus : ce qui rend la vie bénéfique, juste et cohérente.
- Ahita Āyus : ce qui lui nuit et nous éloigne progressivement de ce qui nous est favorable.
- Sukha Āyus : les conditions d’une vie véritablement heureuse et confortable.
- Duḥkha Āyus : ce qui entretient la souffrance, l’inconfort et la difficulté d’exister.
Et soudain, l’étude de l’Ayurveda devient beaucoup plus personnelle.
- Qu’est-ce qui, dans ma vie actuelle, est réellement Hita ?
- Qu’est-ce que je continue à faire tout en sachant que cela m’est Ahita ?
- Ce que j’appelle bonheur est-il véritablement Sukha, ou seulement une satisfaction immédiate dont je paierai le prix plus tard ?
- Quelles habitudes, relations, pensées ou choix entretiennent Dukha ?
Avant de chercher à modifier le corps, nous apprenons à observer celui ou celle qui l’habite.
- Ses choix.
- Ses habitudes.
- Ses répétitions.
- Ses relations.
- Ses attachements.
- Ses contradictions.
- Son rapport au plaisir, à la discipline, au sommeil, à l’alimentation, aux sens, au temps, aux autres et à elle-même.
La Dinacaryā, la Sadvṛtta, Nidrā, Brahmacarya, maîtrise des sens, Prajñāparādha, Dhī, Dhṛti, Smṛti… prennent alors une autre dimension.
Ils répondent tous à la même question : la manière dont je vis me conduit-elle vers la vie que je dis vouloir ?
C’est là que commence réellement l’Ayurveda. Pas dans une pratique. Pas dans une plante. Pas dans un protocole. Mais dans une observation suffisamment honnête de notre existence pour reconnaître l’écart entre la vie que nous menons et celle que nous souhaitons profondément mener.
La 1e année d’étude sert précisément à travailler cet espace. À reconstruire une orientation. Puis des habitudes. Des rythmes. Des relations. Une hygiène physique, mentale et émotionnelle suffisamment cohérente avec cette direction.
