
Chers êtres, à travers le temps et les mondes,
Il est temps pour nous tous de retourner au temple. Non pas au temple des dieux, des prophètes, des divinités et des lois, mais au temple de toute l’humanité. Le temple du cœur, Hrdaya.
Ce lieu où se rencontrent Śarīra (le corps), Manas (le mental), Indriya (les sens) et Ātman (le Soi, l'ame), nos moult dimensions fondamentales qui participent à notre existence en tant qu'être humain.
Il est temps de nous souvenir que nous sommes Purusha, non pas simplement un corps, une identité ou une histoire, mais un être vivant dans lequel se rencontrent la conscience et la matière, un être dont l'existence ne peut être comprise en séparant ce qui constitue son unité.
Il est temps de retrouver le sens profond de Svastha, « pleinement établi en soi », cet état dans lequel l'être humain retrouve son équilibre, sa stabilité, sa pleine souveraineté et son harmonie intérieure car être Svastha, ce n'est pas seulement être exempt de maladie. C'est habiter pleinement son existence. C'est reconnaître que la santé ne peut être dissociée de notre manière de vivre, de penser, de ressentir, d'agir et d'entrer en relation avec le monde.
Il est de notre responsabilité de regarder au-delà des récits qui nous ont été transmis, au-delà de Moha (la confusion), d'Avidyā (l'ignorance) et de Prajñāparādha (l'erreur de discernement qui nous éloigne de la juste connaissance et de la juste action).
Il est temps de retrouver Dhī, notre faculté de discernement, Dhrti, notre capacité à demeurer fermes dans la juste direction, et Smrti, cette mémoire qui nous permet de nous souvenir et de reconnaître ce que nous avons oublié. Car peut-être avons-nous moins besoin de devenir autre chose que de nous souvenir de ce que signifie véritablement être humain...
Nous souvenir que Ātman ne se réduit ni à nos pensées, ni à nos blessures, ni aux identités auxquelles nous nous attachons.
Nous souvenir que Purusha, dans sa condition incarnée, est un être de relations, de conscience et de transformations, dont l'équilibre dépend aussi de la qualité de ses interactions avec l'ensemble du vivant.
Nous souvenir que Svastha n'est pas un idéal abstrait, mais une responsabilité quotidienne envers notre propre existence, qui exige de nous de nous questionner à chaque instant, afin de faire des choix responsables et féconds.
Il est temps de ne plus seulement chercher à comprendre le monde, mais de participer consciemment à sa guerison.
De cultiver Sattva, la clarté de l'esprit, Maitrī, la bienveillance envers les êtres, et Prajñā, cette sagesse qui permet de reconnaître ce qui est juste et favorable à la vie, car le vrai changement commence en chacun de nous. En chaque femme et en chaque homme. Dans notre manière de penser, de nous nourrir, d'agir, de prendre soin du vivant et d'habiter cette Terre. Dans notre capacité à comprendre que notre existence individuelle s'inscrit dans un ensemble de relations, de causes et de conséquences qui nous dépassent.
Il est temps de revenir à Hrdaya. Il est temps d'incarner le centre.
Pas pour nous retirer du monde, mais pour y demeurer avec davantage de conscience, de discernement et de compassion.
Il est temps de retrouver le sens de Hita Āyuh, une vie bénéfique, une existence qui ne se limite pas à sa propre préservation, mais qui contribue également au bien-être des autres êtres, des autres regnes, de la Terre et des generations futures.
Qu'est ce que la "connaissance véritable" - Jñāna - si elle ne transforme pas, durablement, notre manière de vivre ? Que devient Jñāna si elle ne fini pas par devenir un "trait de notre caractere" ?
La connaissance de soi ne peut être séparée de la connaissance du vivant, et la quête de libération ne devrait jamais nous détourner de notre responsabilité envers le collectif, envers la souffrance humaine.
Retrouver Svastha, c'est revenir à soi sans se séparer du monde.
Reconnaître Ātman, c'est interroger ce que nous sommes au-delà de nos identifications, conditionnements.
Comprendre Purusha, c'est reconnaître la profondeur et la complexité de notre condition incarnée.
Et "incarner Smincarner", c'est réparer et preserver nos fonctions cognitives (dhi, dhrti, smrti, dhairya, sattva, buddhi, maitri, prajna) de toutes nos forces, afin de nous souvenir de ce qui nourrit, protège et honore la Vie.
Il est temps de nous souvenir.
Smrti.
Rien n'est reellement fécond et constructif qui ne s'inscrive dans une demarche de guérison.
