Bheshaja Chatushka — quatre chapitres consacrés aux médicaments
Le premier tétrade est également connu sous le nom de Bheshaja Chatushka ou d’Aushadha Chatushka (tétrade des médicaments). Il traite des différents remèdes employés sous diverses formes, par voie externe ou interne.
Le premier chapitre, Deerghanjiviteeya Adhyaya, expose des concepts fondamentaux tels que les Tridosha — Vata, Pitta et Kapha —, le rasa (la saveur), le Shad Padartha Siddhanta (les six principes fondamentaux permettant l’acquisition d’une connaissance directe), etc. Ces notions font partie intégrante de l’Ayurveda et sont largement utilisées dans toute la Charaka Samhita.
Outre ces termes techniques, le premier chapitre décrit différentes substances médicinales : les Phalini Dravya (fruits utilisés à des fins thérapeutiques), les Moolini Dravya (racines employées comme médicaments), les Mahasneha (quatre grandes catégories de substances grasses), les lavana (sels), ainsi que différentes sortes de mutra (urines) et de ksheera(laits).
Ce chapitre insiste sur l’usage rationnel des médicaments, car l’utilisation inconsidérée de remèdes, même excellents, peut faire davantage de mal que de bien. Il présente ensuite le concept essentiel de Trisutra, les trois principes de l’Ayurveda : hetu (les causes), linga (les signes et les symptômes) et aushadha (le médicament ou traitement).
Le deuxième chapitre, Apamarga Tanduliya Adhyaya, traite spécifiquement des plantes et des médicaments employés pendant et après le Panchakarma, ensemble de cinq méthodes de biopurification. Les deux premiers chapitres de ce tétrade décrivent donc principalement des médicaments administrés par voie interne.
Le troisième chapitre, Aragvadhiya Adhyaya, préconise l’emploi de médicaments topiques, c’est-à-dire appliqués extérieurement, notamment sous forme de lepa (pâte ou cataplasme médicinal).
Le quatrième chapitre, Shadvirechanashatashritiya Adhyaya, présente en détail cinquante Mahakashaya — cinq catégories comprenant chacune des groupes de dix médicaments — ainsi que six cents substances évacuantes destinées au traitement de diverses maladies.
Dans son ensemble, ce Chatushka fournit donc une liste de substances médicinales pouvant être employées sous différentes formes contre de nombreuses affections.
Swastha Chatushka — quatre chapitres sur la préservation de la santé
Le deuxième tétrade, appelé Swastha Chatushka, expose les principales recommandations que les personnes en bonne santé doivent suivre afin de préserver leur santé.
Le premier chapitre, Matrashiteeya, traite de la routine quotidienne que les personnes en bonne santé doivent adopter pour entretenir leur bien-être.
Le deuxième chapitre, Tasyashiteeya, recommande d’adapter ses habitudes quotidiennes et son mode de vie — vêtements, alimentation, exercice physique, etc. — aux différentes saisons afin de rester en bonne santé.
Le troisième chapitre, Naveganadharaniya, explique l’importance des besoins naturels qui peuvent être réprimés et de ceux qui ne doivent pas l’être. Il décrit également les maladies provoquées par la répression des besoins naturels irrépressibles, ainsi que leur traitement.
Le dernier chapitre, Indriyopakramaniya, traite du sadvritta, le code général de bonne conduite. En plus de préserver la santé personnelle, le sadvritta aide l’individu à entretenir des relations saines avec les autres et contribue ainsi à l’harmonie de la société dans son ensemble.
Nirdesha Chatushka — quatre chapitres contenant des directives pour l’organisation des soins
Le troisième tétrade, Nirdesha Chatushka, rassemble des instructions destinées aux professionnels de santé.
Le premier chapitre, Khuddakachatushpada, traite des quatre piliers de la thérapeutique :
- Vaidya : le médecin ;
- Dravya : le médicament ou la substance thérapeutique ;
- Upasthata : le soignant ou l’assistant ;
- Rogi : le patient.
Il décrit quatre qualités propres à chacun de ces piliers et souligne la place prépondérante du médecin parmi eux.
Le chapitre suivant, Mahachatushpada, présente une classification des maladies fondée sur leur pronostic. Il recommande de ne commencer un traitement qu’après avoir établi un diagnostic approfondi et identifié précisément la maladie. Le médecin doit par ailleurs s’abstenir de traiter les maladies incurables.
Le troisième chapitre, Tistraishaniya, traite de différents sujets, notamment les trois catégories de désirs, la force, les causes des maladies, leurs types et leurs voies de propagation, ainsi que les médecins et les traitements.
Le dernier chapitre, Vatakalakaliya, expose les qualités et les fonctions, bénéfiques ou pathologiques, de Vata, Pitta et Kapha. Pour réussir dans son domaine, le médecin doit posséder une connaissance approfondie des directives présentées dans ce tétrade.
Kalpana Chatushka — quatre chapitres sur les procédures thérapeutiques de purification
Le tétrade suivant, Kalpana Chatushka, traite de l’administration des médicaments dans le cadre de différentes procédures thérapeutiques de purification, chez les personnes saines comme chez les malades.
Le shodhana, ou ensemble des procédures de biopurification, est un concept important de l’Ayurveda. Il vise à éliminer les déchets toxiques de l’organisme. Pour préparer le patient à cette purification, il est nécessaire de lui faire suivre certaines procédures préalables, notamment :
- le snehana, ou administration interne de substances grasses ;
- le swedana, ou sudation thérapeutique.
Ces techniques permettent de mobiliser les déchets toxiques présents dans l’organisme afin de faciliter leur élimination.
Le premier chapitre, Snehadhyaya, fournit les recommandations relatives à l’utilisation correcte du sneha — les substances lipidiques ou onctueuses — soit dans un objectif de shodhana (purification), soit dans un objectif de shamana(apaisement ou traitement palliatif). Après avoir correctement accompli la procédure de snehana, le patient est soumis au swedana.
Le chapitre suivant, Swedadhyaya, explique les différentes formes de swedana ou de fomentation recommandées selon les maladies. Le snehana et le swedana facilitent le déplacement des toxines vers le tube digestif. Elles peuvent ensuite être expulsées de l’organisme par le vamana (vomissement thérapeutique) ou le virechana (purgation thérapeutique).
Le chapitre suivant, Upakalpaniya, insiste sur la nécessité, pour le médecin, de disposer de tout l’équipement requis avant d’administrer une procédure de shodhana. Il présente l’organisation d’un établissement de soins entièrement équipé ainsi que les procédures standards de vamana et de virechana.
Le dernier chapitre de ce tétrade, Chikitsaprabhritiya, expose l’importance du shodhana par rapport à la thérapie de shamana. Il examine les caractéristiques des procédures de purification correctement ou incorrectement administrées. Il présente également des concepts importants tels que la shuddha chikitsa (forme pure du traitement) et le svabhavoparamavada (théorie de la cessation ou de la destruction naturelle).
Roga Chatushka — quatre chapitres sur la classification des maladies
Le cinquième Chatushka est consacré au roga, c’est-à-dire à la maladie. Comme son nom l’indique, ce tétrade fournit une liste succincte de maladies qui seront étudiées plus largement dans l’ensemble de la Charaka Samhita.
Le premier chapitre, Kiyanta Shiraseeya, présente différentes maladies, notamment :
- les shiroroga, maladies de la tête ;
- les hridroga, maladies cardiaques ;
- dix-huit types de kshaya, correspondant à une diminution ou à une perte des tissus corporels ;
- le vidradhi, ou abcès ;
- le madhumeha, état clinique comparable au diabète sucré.
Le chapitre suivant, Trishothiya, décrit les différentes formes d’œdème.
Le troisième chapitre, Ashtodariya, présente les types d’environ quarante-huit maladies provoquées par différentes combinaisons de dosha.
Le dernier chapitre, Maharoga, est exclusivement consacré aux maladies provoquées par un seul dosha : Vata, Pitta ou Kapha.
Yojana Chatushka — quatre chapitres contenant des directives pour le traitement des maladies
Le sixième tétrade, Yojana Chatushka, traite de différents aspects du traitement des maladies.
Le premier chapitre, Ashtauninditiya, décrit huit catégories de personnes marginalisées ou tournées en ridicule par la société en raison de leurs caractéristiques physiques. Parmi ces huit catégories, deux seulement sont étudiées en détail en raison de leur importance clinique :
- atisthoola : l’obésité morbide ;
- atikrisha : l’émaciation ou la maigreur extrême.
Leurs manifestations cliniques et leurs traitements respectifs sont également décrits.
Le chapitre suivant, Langhanabrimhaniya, présente six formes de traitement :
- langhana : jeûne ou thérapie d’allègement ;
- brimhana : thérapie nourrissante et fortifiante ;
- snehana : oléation ;
- swedana : sudation ou fomentation ;
- rukshana : traitement asséchant, notamment destiné à réduire l’excès de graisse ;
- stambhana : thérapie astringente ou de rétention.
Ces traitements servent principalement à prendre en charge les états d’atisthoola et d’atikrisha, mais sont également indiqués dans de nombreuses autres affections décrites ultérieurement dans la Samhita. Parmi ces six thérapies, le langhana et le brimhana sont étudiés de manière particulièrement détaillée.
Le troisième chapitre, Santarpaniya, traite des maladies provoquées par la surnutrition ou la sous-nutrition, ainsi que de leur traitement.
Le dernier chapitre, Vidhishonitiya, est consacré aux maladies qui ne sont guéries par aucune des thérapies précédemment mentionnées et qui sont attribuées à une altération de rakta (le sang). Leur étiologie, leurs symptômes et leur traitement y sont décrits.
Dans son ensemble, ce tétrade présente les différentes modalités thérapeutiques auxquelles il est largement fait référence dans toute la Samhita.
Annapana Chatushka — quatre chapitres sur les aliments et les boissons
Le dernier tétrade est l’Annapana Chatushka.
Le premier chapitre, Yajjah Purushiya, aborde la question fondamentale de l’origine de l’être humain et de celle des maladies. Il décrit également 155 éléments appelés Agrya, considérés comme les meilleurs de leur catégorie : médicaments, aliments, procédures de biopurification, etc. Ces éléments sont importants aussi bien pour les personnes en bonne santé que pour les malades.
Le chapitre suivant, Atreyabhadrakapyiya, décrit en détail la pharmacologie ayurvédique à travers les concepts suivants :
- rasa : la saveur ;
- veerya : la puissance ou l’énergie active d’une substance médicinale ;
- vipaka : la transformation finale d’un aliment ou d’un médicament après l’action de jatharagni, le pouvoir digestif ;
- prabhava : l’action spécifique propre à une substance.
Ce chapitre éclaire également le concept important de viruddha ahara, ou associations alimentaires incompatibles, lesquelles semblent encore aujourd’hui jouer un rôle majeur dans l’apparition de nombreuses maladies.
Le troisième chapitre, Annapanavidhi Adhyaya, expose les principes de la diététique ayurvédique. Il décrit une grande variété d’aliments et de boissons, ainsi que leurs propriétés médicinales.
Le dernier chapitre, Vividhashitapitiya, traite de concepts importants tels que :
- la formation des tissus corporels à partir des aliments consommés ;
- l’immunité et les personnes immunodéprimées ;
- les maladies provenant des différents tissus corporels ;
- le déplacement des dosha entre la shakha — la périphérie du corps ou les éléments tissulaires — et le koshtha — la partie centrale du corps ou le tube digestif — dans un sens comme dans l’autre.
Sangraha Adhyaya — deux chapitres de synthèse
Les deux derniers chapitres forment le Sangrahadvaya, c’est-à-dire le groupe des deux chapitres récapitulatifs.
Le premier, Dashapranayataneeya, traite des dix emplacements du corps humain dans lesquels réside Prana, le principe vital. Outre ce concept important, le chapitre décrit les caractéristiques de deux catégories de médecins :
- le pranabhisaravaidya, médecin qui protège la vie ;
- le rogabhisaravaidya, médecin qui aggrave la maladie et met en danger la vie du patient.
Le dernier chapitre, Arthedashmahamooliya, aborde des sujets variés, notamment :
- l’importance d’Artha, ici associé au hridaya ou cœur ;
- les dix principaux vaisseaux sanguins ou canaux issus du cœur ;
- la définition de l’ayu, formé par l’union de quatre éléments : le corps, l’esprit, l’âme et les sens ;
- les quatre catégories d’ayu ;
- la définition de l’Ayurveda ;
- l’objectif de la science ayurvédique ;
- sa méthode d’étude.
Organisation logique de la section
Le titre de chaque chapitre du Sutra Sthana possède une signification particulière. Il peut désigner le contenu principal du chapitre, le premier sujet qui y est abordé ou encore son premier mot.
Tous les chapitres associent prose et poésie selon une structure comparable. Chacun se termine par un verset récapitulatif, appelé Tatrashloka. À certains endroits, un passage en prose est suivi de vers exposant le même sujet. Cette forme est appelée Bhavati Cha Atra : le thème d’abord présenté en prose est ensuite repris sous forme poétique.
Différents procédés métriques ont été employés dans la composition des shloka, témoignant de la grande maîtrise du sanskrit par l’auteur.
Les chapitres adoptent plusieurs styles narratifs. Ils peuvent prendre la forme :
- d’un dialogue ou d’une série de questions et réponses entre le sage Atreya et son disciple Agnivesha ;
- de discussions au sein d’une assemblée de sages.
La lecture de la Charaka Samhita permet en réalité de distinguer quatre catégories de sutra :
- les Guru Sutra, attribués au sage Atreya ;
- les Shishya Sutra, attribués à Agnivesha, disciple (shishya) d’Atreya ;
- les Pratisankartu Sutra, attribués à Charaka ;
- les Ekiya Sutra, de source anonyme.
Comme la plupart des autres sections, le Sutra Sthana se présente sous la forme d’un texte fluide et continu. Chaque chapitre est relié de manière logique, d’une façon ou d’une autre, au chapitre qui le précède et à celui qui le suit.
