Il y a quelque chose qui me gêne de plus en plus dans certains discours autour de l’Ayurveda : cette manière de parler de Kapha comme s’il fallait constamment le combattre.
« Secoue ton Kapha. »
« Allège Kapha. »
« Élimine Kapha. »
Chez les femmes notamment, le raccourci est vite fait : rondeurs, prise de poids, lenteur, rétention, fatigue = Kapha = trop = à réduire. C’est beaucoup trop simple, et surtout, ce n’est pas ainsi que raisonne l’Ayurveda.
Kapha est aussi ce qui construit. Il donne Sthiratva, la stabilité ; Sneha, l’onctuosité et la lubrification ; la cohésion, la résistance, l’endurance, la capacité à récupérer et à conserver les ressources de l’organisme. Autrement dit, une partie de ce que nous cherchons à supprimer est précisément ce dont un organisme épuisé peut avoir besoin.
C’est particulièrement important chez les femmes. Une femme peut avoir pris du poids et manquer pourtant profondément de nutrition tissulaire.
- Elle peut présenter de la lourdeur et avoir Vāta très aggravé.
- Elle peut être fatiguée sans avoir besoin d’être stimulée.
- Elle peut avoir un Agni faible sans que la solution soit de manger toujours moins.
- Elle peut avoir besoin de mouvement, certes, mais également de sommeil, de protéines, de lipides, de régularité, de chaleur, de repos, de sécurité et de temps pour reconstruire.
C’est ici que la clinique doit remplacer les slogans parce que Kapha Vṛddhi, Āma, Meda Vṛddhi, Agni Māndya, rétention, fatigue et prise de poids ne sont pas des synonymes. Ils peuvent être associés. Ils peuvent aussi relever de mécanismes différents, et la réponse thérapeutique ne sera évidemment pas la même.
À force de considérer toute lourdeur comme quelque chose à éliminer, on peut finir par appliquer Laṅghana à un organisme qui aurait besoin de Bṛṃhaṇa, stimuler une femme déjà épuisée, assécher un terrain déjà sec ou aggraver Vāta en croyant traiter Kapha. Voilà ce qui me préoccupe dans ces injonctions. Pas parce qu’il ne faudrait jamais réduire Kapha. Lorsqu’il est réellement aggravé, bien sûr qu’il faut intervenir. Mais il faut d’abord savoir ce que l’on regarde.
Les femmes ont suffisamment appris à surveiller leur ventre, contrôler leur faim, diminuer leur poids, lutter contre leurs rondeurs et culpabiliser lorsqu’elles ralentissent. L’Ayurveda ne devrait pas devenir une nouvelle langue pour leur demander exactement la même chose. Elle devrait au contraire leur rendre une lecture plus intelligente de leur corps. Parfois il faut alléger. Parfois il faut mobiliser. Et parfois il faut nourrir, huiler, dormir, ralentir, stabiliser et reconstruire.
Le discernement clinique commence précisément là : ne pas demander systématiquement comment diminuer Kapha, mais comprendre si ce que nous appelons « Kapha » est réellement un excès à réduire... ou une fonction du vivant que nous avons, depuis trop longtemps, appris à combattre.
