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L’autophagie : un parallèle avec Laṅghana Chikitsa

· Ayurveda

Physiologie du jeûne (Upavāsa)

Regards croisés entre Ayurveda et physiologie moderne

Dans la pensée ayurvédique, le jeûne thérapeutique (Upavāsa) constitue l’une des principales formes de Laṅghana. Son objectif n’est pas de priver l’organisme de nourriture, mais de libérer Jatharāgni afin qu’il puisse achever la digestion des aliments, transformer Āma et restaurer progressivement l’équilibre des Doṣa. Cette intuition, formulée il y a plus de deux mille ans par Charaka, trouve aujourd’hui de nombreux échos dans les connaissances contemporaines sur le métabolisme énergétique.

La succession des sources d’énergie

Au cours des premières heures de jeûne, l’organisme continue d’utiliser le glucose circulant comme principale source énergétique. Lorsque celui-ci diminue, le foie mobilise progressivement ses réserves de glycogène (glycogénolyse) afin de maintenir une glycémie stable. Une fois ces réserves réduites, le métabolisme change progressivement de stratégie. L’organisme active alors la lipolyse, c’est-à-dire la mobilisation des réserves graisseuses. Les triglycérides contenus dans le tissu adipeux sont dégradés en :

  • acides gras libres,
  • glycérol.

Ces substrats deviennent progressivement la principale source d’énergie.

La production des corps cétoniques

Une partie des acides gras est ensuite transformée par le foie en corps cétoniques, principalement :

  • le β-hydroxybutyrate,
  • l’acétoacétate.

Ces molécules circulent dans le sang et deviennent une source d’énergie particulièrement efficace pour :

  • le cerveau,
  • les muscles,
  • le cœur,
  • de nombreux autres tissus à forte activité métabolique.

Les corps cétoniques pénètrent ensuite dans les cellules où ils sont convertis en acétyl-coenzyme A, entrant dans le cycle de Krebs pour produire de l’ATP.nAinsi, au cours du jeûne, l’organisme passe progressivement d’un métabolisme essentiellement dépendant du glucose à un métabolisme utilisant principalement les acides gras et les corps cétoniques.

Les conséquences physiologiques

Cette transition métabolique entraîne plusieurs effets :

  • diminution des réserves graisseuses,
  • amélioration de la flexibilité métabolique,
  • réduction des taux d’insuline,
  • amélioration de la sensibilité insulinique,
  • stimulation des mitochondries,
  • meilleure efficacité énergétique.

Dans le langage de l’Ayurveda, ces adaptations correspondent principalement à une réduction de Meda Dhātu et de Kapha Doṣa, tout en permettant à Agni de retrouver une activité plus harmonieuse.

L’autophagie : un parallèle avec Laṅghana Chikitsa

L’un des mécanismes les plus étudiés aujourd’hui est celui de l’autophagie, récompensé par le prix Nobel de physiologie ou médecine en 2016 grâce aux travaux du biologiste japonais Yoshinori Ohsumi. L’autophagie signifie littéralement « s’auto-digérer ». Il s’agit d’un processus naturel par lequel la cellule :

  • élimine ses protéines endommagées,
  • recycle ses organites vieillissants,
  • détruit certains composants devenus inutiles,
  • réutilise leurs constituants pour produire de nouvelles structures.

Autrement dit, avant de construire, la cellule commence par nettoyer. Cette logique rappelle fortement le principe ayurvédique de Laṅghana. Avant de nourrir les Dhātu, il convient d’abord de réduire les accumulations, de digérer Āma et de restaurer Agni. Il convient toutefois de rester prudent : l’autophagie n’est pas l’équivalent biologique d’Āma ni de Laṅghana, mais ces deux concepts présentent des analogies fonctionnelles intéressantes qui constituent aujourd’hui un domaine actif de recherche.

Les données actuelles sur le jeûne

De nombreuses études montrent qu’un jeûne correctement encadré peut contribuer à :

  • diminuer le poids corporel,
  • réduire l’indice de masse corporelle,
  • diminuer les concentrations d’insuline,
  • améliorer la sensibilité insulinique,
  • réduire certains marqueurs inflammatoires,
  • améliorer plusieurs paramètres cardiovasculaires (cholestérol, triglycérides, LDL),
  • stimuler la biogenèse mitochondriale.

Chez l’animal, plusieurs travaux rapportent également :

  • une augmentation de la longévité,
  • une meilleure préservation de la masse musculaire lors du vieillissement lorsque la restriction calorique reste modérée,
  • une augmentation du Brain-Derived Neurotrophic Factor (BDNF) impliqué dans la plasticité cérébrale,
  • une amélioration de certaines capacités d’adaptation cardiovasculaire.

Ces résultats concernent des protocoles expérimentaux précis et ne doivent pas être extrapolés directement à tous les patients.

Le jeûne intermittent et la vision ayurvédique

Aujourd’hui, différentes formes de jeûne intermittent sont proposées :

  • alimentation limitée dans le temps (time-restricted feeding),
  • jeûne un jour sur deux,
  • restriction calorique,
  • jeûnes périodiques,
  • régimes mimant le jeûne.

L’Ayurveda partage avec ces approches l’idée qu’il est bénéfique de laisser régulièrement à Agni un temps suffisant pour achever son travail digestif. Cependant, Charaka va plus loin. Le bénéfice du jeûne dépend non seulement de sa durée, mais aussi :

  • de la qualité d’Agni,
  • de Prakṛti,
  • des Doṣa,
  • de Bala,
  • de la saison,
  • du rythme veille-sommeil,
  • de l’heure des repas.

Cette notion est résumée par le concept de Kālabhojana : manger au bon moment, lorsque le repas précédent est complètement digéré et que Jatharāgni est prêt à recevoir une nouvelle alimentation.

Dans la Charaka Saṃhitā, il est même indiqué que prendre un seul repas quotidien peut représenter, dans certaines situations particulières, une stratégie favorable(Sūtra Sthāna 25/40). Cette recommandation ne constitue cependant pas une règle universelle : elle dépend toujours de la constitution, de la force du patient, de son activité et surtout de son Agni.

Commentaire clinique - Les recherches modernes permettent aujourd’hui de mieux comprendre certains mécanismes biologiques susceptibles d’expliquer les effets observés depuis des siècles avec Laṅghana. La transition vers la cétose, la mobilisation des réserves énergétiques, la diminution de l’insuline, l’amélioration de la flexibilité métabolique ou encore l’autophagie illustrent la remarquable capacité de l’organisme à s’adapter temporairement à une réduction des apports alimentaires.

Toutefois, l’Ayurveda rappelle que ces mécanismes ne sont bénéfiques que lorsqu’ils surviennent chez un organisme capable de les supporter.

  • Le jeûne ne constitue jamais une thérapeutique universelle. Chez un patient présentant un Mandāgni avec Āma et une bonne réserve tissulaire, il peut représenter un outil extrêmement efficace pour restaurer Agni.
  • En revanche, chez un sujet âgé, dénutri, atteint d’un Atyagni, d’un déficit des Dhātu, d’un cancer évolutif, d’une maladie catabolique ou d’une grande fragilité, il peut accélérer la perte de masse musculaire, aggraver Vāta et compromettre Bala ainsi qu’Ojas. Plus encore que la durée du jeûne, c’est donc son indication qui détermine son intérêt thérapeutique.

Cette approche individualisée distingue profondément l’Ayurveda des protocoles standardisés. Le véritable objectif n’est pas de jeûner plus longtemps ou plus souvent, mais de permettre à Jatharāgni de retrouver une activité harmonieuse. Le succès d’un jeûne se mesure moins au nombre d’heures sans manger qu’au retour d’une faim physiologique, d’une digestion efficace, d’une énergie stable, d’une clarté mentale retrouvée et d’une meilleure capacité de l’organisme à se régénérer.

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