
Nous appelons souvent « paix » un moment où, simplement, rien ne nous contrarie.
- Le corps va bien.
- Les personnes que nous aimons vont bien.
- Nos relations sont stables.
- Nos projets avancent.
- Nous nous sentons en sécurité.
- Alors nous disons : « Je suis en paix. »
Mais Charaka pose une question beaucoup plus dérangeante : que reste-t-il de cette paix lorsque les conditions qui la rendaient possible disparaissent ?
- Lorsque le corps souffre ?
- Lorsque quelqu’un nous quitte ?
- Lorsque ce que nous avions construit s’effondre ?
- Lorsque l’avenir devient incertain ?
- Lorsque la vie ne répond plus à nos attentes ?
Si ma paix dépend de la présence d’un objet, d’une personne, d’un état de santé ou d’une circonstance particulière, elle reste nécessairement vulnérable. Elle n’est pas fausse. Mais elle est conditionnelle.
Charaka évoque une autre possibilité : une paix Jñānamūla.
- Jñāna : la connaissance.
- Mūla : la racine.
Une paix dont la racine est la connaissance. Et plus précisément cette connaissance bouleversante : voir le Soi dans tous les êtres et tous les êtres dans le Soi.
À partir de là, quelque chose change radicalement. La personne ne cesse pas de ressentir. Elle peut connaître la douleur. Le chagrin. La peur. La maladie. La perte.
Son mental peut encore être agité mais elle ne se confond plus entièrement avec ce qui la traverse. C’est une distinction essentielle. Le calme psychologique est un état du mental. Il vient et repart.
Śānti, dans son sens spirituel, appartient à un autre niveau. Elle ne signifie pas : « rien ne me touche ». Elle signifie plutôt : « ce qui me touche n’épuise pas ce que je suis ». Et c'est l’un des enseignements les plus profonds de Charaka. Nous passons une grande partie de notre existence à organiser les circonstances pour pouvoir enfin être en paix.
- Nous cherchons la bonne relation.
- Le bon lieu.
- Le bon corps.
- La bonne santé.
- La sécurité financière.
- Le silence.
- La reconnaissance.
Nous essayons, en quelque sorte, de pacifier le monde afin de pacifier notre conscience.... Mais le monde est impermanent. Le corps aussi. Le mental également. Aucune organisation parfaite de l’existence ne pourra supprimer cette réalité.
Alors Charaka inverse la recherche. Il ne demande plus seulement : « Comment créer les conditions de ma paix ? ». Mais : « Existe-t-il en moi un lieu qui n’a pas besoin que toutes les conditions soient réunies pour demeurer en paix ? »
C’est ce qu'il nomme, une paix Jñānamūla. Non pas une vie devenue parfaitement calme, mais une conscience devenue suffisamment enracinée dans la connaissance du Soi pour ne plus exiger que la vie cesse de bouger afin de pouvoir, elle, demeurer stable.
C'est le propos de l'étude de l'Ayurveda.
